SpaceX en bourse - L’IA d’Elon Musk inquiète les investisseurs
SpaceX s’apprête à réaliser ce qui devrait être la plus grande introduction en bourse de l’histoire de Wall Street. Propulsée par l’acquisition de xAI l’année dernière, la valorisation de l’entreprise spatiale d’Elon Musk a explosé pour dépasser le cap vertigineux des 1 000 milliards de dollars. Le milliardaire a même évoqué l’idée futuriste d’envoyer des centres de données dans l’espace pour soutenir son laboratoire d’intelligence artificielle.
Une ombre plane malgré tout sur ce tableau idyllique. Deux anciens employés d’OpenAI et plusieurs organisations à but non lucratif spécialisées dans la sécurité de l’IA alertent sur le fait que xAI pourrait devenir un véritable boulet financier pour les futurs investisseurs de SpaceX. Dans une lettre adressée aux investisseurs et publiée ce mardi, ils soulignent des risques latents qui pourraient compromettre sérieusement les plans de la firme spatiale.
Cette dernière espérerait en effet lever jusqu’à 75 milliards de dollars lors de son IPO. Les auteurs du document affirment que le bilan préoccupant de xAI en matière de sécurité de l’intelligence artificielle risque de refroidir l’enthousiasme de Wall Street et de compliquer la vision qu’auront les investisseurs de l’entité combinée au moment du dépôt de son prospectus.
De lourdes accusations portées par de nouveaux gardiens de l’IA
À la tête de cette fronde se trouve Guidelight AI Standards, une nouvelle organisation à but non lucratif soutenue par des donateurs privés. Elle a été cofondée par Steven Adler, ancien chercheur en sécurité chez OpenAI, et Page Hedley, ancien conseiller politique de la même entreprise. Leur but est d’améliorer les pratiques de sécurité des entreprises développant des IA de pointe. Plusieurs autres organisations ont également signé la lettre, notamment Legal Advocates for Safe Science and Technology, Encode AI et The Midas Project.
Page Hedley ne mâche pas ses mots. Il estime que xAI possède de loin les pires pratiques de sécurité du secteur, et ce, sur presque tous les tableaux, loin derrière des concurrents comme OpenAI, Google DeepMind ou Anthropic. Cette lacune expose, selon lui, SpaceX à un risque de régulation et de litiges bien plus important que les autres laboratoires.
Des incidents graves et un sous-investissement chronique
La lettre détaille le retard de xAI sur les standards de l’industrie, pointant particulièrement l’absence de cadres détaillés pour atténuer les risques que ses modèles d’IA soient utilisés dans des cyberattaques. Pire encore, les auteurs rappellent des incidents de sécurité majeurs impliquant Grok.
Le chatbot a par exemple généré spontanément des réponses évoquant un « génocide blanc ». Dans une autre affaire, l’IA a créé des milliers d’images sexualisées de femmes et d’enfants qui se sont propagées sur le réseau social X. Ce dernier scandale a poussé pas moins de 37 procureurs généraux américains à envoyer une lettre exigeant qu’Elon Musk prenne des mesures immédiates pour protéger les femmes et les enfants sur sa plateforme.
Selon Page Hedley toujours, le volume d’incidents de sécurité chez xAI et l’attention réglementaire qu’ils suscitent sont totalement disproportionnés par rapport à ses parts de marché.
Steven Adler ajoute que l’entreprise a sous-investi historiquement dans ce domaine crucial. La lettre s’appuie d’ailleurs sur un article du Washington Post révélant qu’en janvier dernier, seules deux ou trois personnes travaillaient sur la sécurité chez xAI. Il soulève ainsi des questions primordiales pour les investisseurs. Si xAI reste à la pointe du développement, combien coûtera une véritable gestion responsable de ces risques ? Et si l’entreprise échoue à les gérer, quelles en seront les conséquences financières et légales ?
Exigences de transparence et contexte politique tendu
L’avenir de xAI soulève également des interrogations. SpaceX a conclu récemment un accord pour vendre une part importante de sa capacité de calcul à Anthropic. Pour les auteurs de la lettre, cette décision brouille les pistes. On ne sait plus vraiment si xAI a toujours l’intention de rester un concurrent de premier plan au sein de cette grande société holding. Ils exigent donc que SpaceX clarifie ses intentions. Si xAI compte poursuivre le développement de modèles d’IA de pointe, les auteurs estiment que l’entreprise devrait être tenue de publier un plan public de sécurité et de gouvernance.
Ces réclamations interviennent dans un climat politique extrêmement méfiant. Les législateurs américains s’inquiètent de plus en plus des capacités cybernétiques des modèles avancés, à l’image du Claude Mythos d’Anthropic. De nouvelles régulations se profilent à l’horizon et l’administration Trump envisagerait déjà un décret exécutif visant à octroyer aux agences de renseignement américaines un droit de regard accru sur les modèles d’IA.
Un espoir d’amélioration et la création de nouveaux référentiels
La lettre reconnaît néanmoins quelques avancées récentes chez xAI, comme l’élargissement d’un accord avec la Maison Blanche permettant de tester les modèles d’IA avant leur déploiement public. Les auteurs concèdent que bien que son bilan historique justifie un examen minutieux, il ne condamne pas définitivement l’avenir de l’entreprise. Des divulgations supplémentaires restent toutefois indispensables pour que les investisseurs puissent évaluer pleinement les risques.
C’est précisément pour structurer cette transparence que Guidelight AI Standards a vu le jour. Avec cette première action publique, Adler et Hedley espèrent créer des référentiels uniformes que les laboratoires d’IA pourront suivre de manière raisonnable. Ils souhaitent également proposer des évaluations claires, facilement compréhensibles par les décideurs politiques, les journalistes et les investisseurs.
Ayant quitté OpenAI respectivement en 2024 et 2019, les deux fondateurs expliquent que leur expérience interne a motivé la création de cette organisation tiers indépendante. Hedley rappelle que même en interne, les employés de la tech s’inquiètent et n’ont pas toutes les réponses. De son côté, Adler souligne l’immense pression commerciale qui exige une gestion expéditive des problèmes de sécurité. Une méthode d’urgence qui, prévient-il, est tout simplement inefficace pour résoudre certaines classes de problèmes liés à la sécurité de l’IA.





