Elon Musk contre OpenAI - Chronique d’un naufrage égotique et juridique
Elon Musk vient de subir l’une des défaites les plus cuisantes et humiliantes de son histoire judiciaire. Dans sa croisade contre OpenAI et ses dirigeants, Sam Altman et Greg Brockman, le milliardaire a vu ses ambitions s’écraser contre le mur implacable du droit californien. L’homme qui se présente volontiers comme le sauveur de l’humanité a dû faire face à une réalité beaucoup plus prosaïque, il a tout simplement attendu beaucoup trop longtemps pour porter plainte.
Il n’aura fallu que moins de deux heures de délibération au panel de neuf jurés d’un tribunal d’Oakland pour balayer les prétentions d’Elon Musk par un verdict unanime. Le constat est sans appel, les délais de prescription étaient largement expirés lorsque le patron de Tesla a finalement décidé d’attaquer la startup en justice en 2024. La juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers a validé immédiatement cette recommandation, scellant ainsi le sort de cette affaire retentissante.
En conséquence, le jury n’a même pas daigné se pencher sur le fond des accusations extravagantes de Musk. Ses plaintes pour rupture de confiance caritative, enrichissement sans cause et complicité de la part de Microsoft ont été écartées d’un revers de main. Le milliardaire espérait forcer OpenAI et Microsoft à restituer ce qu’il qualifiait de “gains mal acquis”, réclamant entre 130 et 150 milliards de dollars de dommages et intérêts. Au lieu de cela, les deux entreprises ne lui cèderont pas le moindre centime.
Un festival d’hypocrisie” révélé au grand jour
Toute cette affaire, bien que présentée par Elon Musk comme une noble lutte pour préserver la mission non lucrative d’OpenAI fondée en 2015, s’est rapidement transformée en un concours de bravoure stérile. Les avocats de la défense ont mis en lumière les contradictions flagrantes du milliardaire. Les preuves ont montré que lui-même avait, par le passé, incité la startup à chercher d’importants financements et avait même suggéré l’idée d’une transition vers un modèle à but lucratif avant son départ en 2018.
William Savitt, l’avocat principal d’OpenAI, a d’ailleurs qualifié ce procès de “festival d’hypocrisie” joué de manière magnifique. Il est en effet difficile d’ignorer le calendrier cynique de cette plainte, déposée des années après les premiers investissements immenses de Microsoft, mais surtout de manière très opportune après que Musk a fondé xAI, sa propre entreprise d’intelligence artificielle concurrente. Pendant qu’OpenAI atteignait une valorisation estimée à 730 milliards de dollars, l’amertume de Musk d’avoir quitté le navire semblait être le véritable moteur de cette action en justice.
Un mépris flagrant pour les institutions
Si les dirigeants d’OpenAI, ainsi que des personnalités de la tech comme Satya Nadella (PDG de Microsoft) ou Shivon Zilis, ont dû consacrer des dizaines d’heures aux dépositions et témoignages, l’attitude d’Elon Musk a brillé par son arrogance. L’instigateur de ce cirque judiciaire n’a daigné se présenter au tribunal que pendant environ trois jours avant de disparaître complètement.
Pire encore, au mépris direct des instructions de la juge Gonzalez Rogers, il a préféré s’envoler vers la Chine à bord d’Air Force One pour accompagner la visite d’État du président Donald Trump, alors même qu’il aurait pu être rappelé à la barre à tout moment. Cette fuite témoigne d’une désinvolture consternante envers le jury qu’il avait lui-même forcé à se réunir.
Des dégâts collatéraux et un silence assourdissant
Certes, ce procès éprouvant de trois semaines n’a pas été sans conséquence pour OpenAI. Le déballage de correspondances privées a terni l’image publique de ses dirigeants, exposant la richesse de Brockman et ravivant des rumeurs sur le manque d’honnêteté d’Altman. Néanmoins, face à la dimension existentielle de la menace, c’est un triomphe absolu pour l’entreprise mère de ChatGPT.
Au moment de la lecture du verdict, aucun des trois protagonistes principaux n’était présent. Marc Toberoff, l’avocat d’Elon Musk, s’est contenté de lancer un unique mot aux journalistes à la sortie du tribunal: “Appel”. Bien que quelques plaintes antitrust concernant les sièges au conseil d’administration de Microsoft restent formellement en suspens, la juge a déjà laissé entendre qu’une deuxième phase du procès était très improbable face à l’évidence de la forte concurrence sur le marché de l’IA.



