Si vous me suivez depuis un moment, vous savez peut-être à quel point je suis attaché à l'écosystème domotique open source et plus particulièrement à Home Assistant. Mais aujourd'hui, je ne vais pas seulement parler de ce sujet mais plutôt de la fin d'un monopole absurde sur nos smartphones.

La commission européenne vient de frapper un grand coup grâce au DMA. Et devinez quoi ? C'est en grande partie grâce au travail de terrain des équipes de la Open Home Foundation que les choses ont bougé. Je vous explique ce qui vient de se passer, pourquoi c'est une décision historique et ce que ça va concrètement changer pour nous au quotidien.

Le privilège qu'Android gardait pour Google

Si vous avez déjà essayé d'utiliser l'assistant vocal de Home Assistant sur votre smartphone Android pour dire « Hey Jarvis » ou tout autre terme personnalisé et contrôler votre maison, vous avez forcément remarqué un truc, ça bouffait une quantité monstrueuse de batterie. Pourquoi ? Parce que Google trichait.

Sur nos téléphones récents, il y a une petite puce dédiée ultra-économe (le DSP) capable d'écouter en permanence si vous dites « Ok Google » sans vider votre batterie. Le problème, c'est que Google bloquait catégoriquement l'accès à cette puce pour tous les développeurs tiers.

Résultat pour Home Assistant :

  • Obligation de faire tourner la détection sur le processeur principal.

  • La batterie qui fond comme neige au soleil (la consommation passait de 1 % à 15 %).

  • Le voyant vert du micro qui restait allumé H24 sur l'écran.

  • Et l'obligation de choisir Home Assistant comme assistant par défaut, en tirant un trait définitif sur Gemini.

Bref, Google s'assurait un avantage concurrentiel déloyal sous prétexte de « maintenir l'écosystème ».

L'Europe a écouté les devs (et ça fait du bien)

Invité par la commission pour donner son avis d'expert, Timothy Nibeaudeau (développeur Android pour la Open Home Foundation) a tout déballé. Il a expliqué ligne de code par ligne de code comment Google verrouillait le système pour étouffer la concurrence. Et surprise, l'Europe a écouté.

À la mi-juillet, elle a rendu sa décision. Alphabet doit ouvrir 11 fonctionnalités clés d'Android à la concurrence, gratuitement et à des conditions strictement équivalentes à celles dont bénéficie Google.

Ce qui change concrètement :

  • Accès au DSP pour tous : N'importe quel assistant va pouvoir utiliser la puce basse consommation du téléphone pour écouter son mot d'activation.

  • Fin du choix exclusif : On ne sera plus obligé de définir une application comme assistant par défaut pour qu'elle ait le droit de tourner en arrière-plan.

  • Multi-assistants en simultané : On pourra lancer « Hey Gemini » pour une recherche web ET « Okay votre mot déclencheur » pour éteindre la lumière du salon sur le même téléphone.

  • Ouverture des capteurs et des apps : Accès équitable aux données ambiantes, aux modèles d'IA locaux et aux intégrations poussées avec les applications du système (Cartes, Agenda, etc.).

Le calendrier : c'est pour quand ?

Évidemment, Google ne va pas tout débloquer du jour au lendemain. La décision impose un calendrier précis :

  • 1er août 2027 (Android 18) : L'accès au DSP et la majorité des ouvertures système devront être déployés.

  • 1er août 2028 (Android 19) : La détection simultanée de plusieurs mots d'activation devra être pleinement fonctionnelle.

Google doit rendre des comptes tous les mois à la commission pour prouver que l'expérience fournie aux tiers est aussi fluide et rapide que la leur. Autant dire que la méthode du service minimum inutilisable risque d'être difficile à faire passer cette fois.

L'argument de la « sécurité » - La fausse excuse de Google

Sans surprise, le géant américain a réagi en criant au loup, expliquant que donner ces accès à des applications tierces mettait en danger la sécurité et la vie privée des utilisateurs. Soyons clairs, c'est de la rhétorique classique des Big Tech.

Ces fonctionnalités existent déjà sur nos téléphones et Google s'en sert tous les jours sans qu'on ait notre mot à dire. Ce que la décision européenne exige, ce n'est pas tant de supprimer la sécurité que d'utiliser des architectures isolées (type sandbox) pour que l'OS protège nos données de manière égale, peu importe qui édite l'application. Ce n'est pas la sécurité qui inquiète Google, c'est la perte de son pouvoir de contrôle.

Ce que j'en pense

C'est une victoire monumentale pour le logiciel libre, pour l'interopérabilité et surtout pour nous, les utilisateurs.

Voir un projet communautaire comme la Open Home Foundation réussir à faire plier un géant comme Alphabet devant les régulateurs montre que les lignes peuvent bouger. J'ai hâte de pouvoir tester les premières bêtas sur Android 18 et d'avoir enfin un assistant domotique rapide, privé et respectueux de ma batterie directement dans la poche !