J'utilise Canva tous les jours. Pour une vignette vite fait, une affiche, un post pour les réseaux, il m'est indispensable. Alors quand je suis tombé sur Doory, un projet GitHub qui se présente comme son alternative open source, j'ai évidemment foncé voir de quoi il retournait.
Doory est un éditeur de design complet qui tourne dans le navigateur. Affiches, posts pour les réseaux sociaux, stories, slides, faire-part, CV, miniatures YouTube, cartes de visite, on part d'un template ou d'une page blanche, on clique sur n'importe quel texte, forme ou photo, et on modifie. Le README montre d'ailleurs une démo non montée où l'auteur choisit un template d'affiche de concert, renomme le groupe, change la couleur des dates, ajoute une étoile et exporte. Exactement le genre de geste qu'on fait cent fois sur Canva.
Et sous le capot, ce n'est pas du bricolage. On retrouve les calques qu'on peut renommer, verrouiller, masquer et réorganiser au glisser-déposer, les groupes, les masques, les filtres, le texte courbé, les repères d'alignement, les règles, et même des designs multipages avec des pages de tailles différentes. Il y a aussi un redimensionnement magique, des kits de marque avec vos couleurs, polices et logos, et environ 25 000 icônes, emojis et illustrations, plus des QR codes.
Doory propose aussi 27 animations d'entrée et de sortie, 12 effets d'emphase et 16 transitions de page sur une timeline, avec une bibliothèque intégrée de 24 boucles musicales et 88 effets sonores sous licence CC0. On peut enregistrer une voix off, présenter avec notes du présentateur et pointeur laser, ou tout exporter en vidéo.
Côté export justement, on a le choix : PNG avec transparence, JPG, SVG, PDF, MP4, WebM et GIF animé, le tout généré dans le navigateur. Et pour l'imprimeur, un PDF prêt à imprimer avec fonds perdus et traits de coupe. Petit bonus que j'adore, la suppression d'arrière-plan en un clic, dont le modèle tourne en local dans votre navigateur. Enfin, pour bosser à plusieurs, il y a des liens de partage en lecture, commentaire ou édition (protégeables par mot de passe), des commentaires épinglés, l'historique des versions et la coédition en temps réel avec les curseurs des autres qui se baladent sur la page.
Gratuit, mais cette fois pour de vrai
C'est probablement l'argument qui m'a le plus parlé. Chez Doory, il n'y a pas d'offre Pro, pas de templates verrouillés, pas de filigrane et pas de pub. Toutes les fonctionnalités sont accessibles à tout le monde, de la suppression d'arrière-plan à l'export vidéo. Pas de petite étoile dorée qui vient gâcher la fête. Autre détail qui change tout, pas besoin de compte pour commencer. On ouvre l'éditeur et on crée. Le travail des invités est sauvegardé dans le navigateur et le jour où on veut ses designs dans le cloud, on crée un compte et tout migre en une étape. J'aime beaucoup cette philosophie qui consiste à ne rien vous demander tant que vous n'en avez pas besoin.
L'auteur reste d'ailleurs fair-play dans sa comparaison. Il reconnaît que Canva est un excellent produit, et que Doory s'adresse simplement à celles et ceux qui veulent le même genre d'outil, mais gratuit, ouvert et entre leurs mains. Il admet aussi sans détour que la bibliothèque de templates de Canva est immensément plus fournie, là où son projet en propose dix pour démarrer.
Chez moi, sur mon serveur
Doory s'auto-héberge. Un fichier de config à copier, un docker compose up et un superutilisateur à créer, et l'app, l'API, la base de données et la collaboration en temps réel tournent sur votre propre machine. Trois commandes, montre en main.
cp .env.example .env
docker compose up -d --build
docker compose exec api python manage.py createsuperuser
Ensuite, direction le port 8080 en local et c'est parti. Une instance neuve démarre vide, mais une poignée de commandes de gestion permettent d'ajouter les templates de départ, les polices, les icônes, les sons et le modèle de suppression d'arrière-plan. Le fichier .env permet aussi d'activer la connexion Google, la recherche de photos via Unsplash ou Pexels, ou le stockage des fichiers sur un service compatible S3. Et surtout, chaque design et chaque fichier importé reste sous votre contrôle.
Côté stack, rien d'exotique et c'est tant mieux : React 19, TypeScript, Vite, Fabric.js pour le canevas, Yjs pour la collaboration et Zustand dans le navigateur, avec Django 5, Django REST Framework, Channels et PostgreSQL côté serveur. Le tout est servi par Docker Compose avec nginx, Redis en option. Bref, une base solide et familière si l'envie vous prend de contribuer.
Ce qu'il faut savoir avant de foncer
Petit point licence, parce que c'est important. Doory est publié sous l'Attribution Assurance License. Vous pouvez l'utiliser, le modifier et le redistribuer, y compris pour un usage commercial, mais à une condition. Il faut créditer l'auteur, Siam, en gardant la licence et le fichier NOTICE, et en affichant le crédit de manière visible dans l'application. Franchement, c'est le minimum pour un outil de ce niveau offert à tout le monde.
Le projet est tout jeune. Au moment où j'écris ces lignes, le dépôt affiche une poignée de commits et quelques étoiles seulement. C'est justement ce qui me plaît, on arrive tôt, au moment où chaque retour compte. Les rapports de bugs, les idées et les pull requests sont les bienvenus.


