Depuis quelques semaines, une nouvelle fonctionnalité discrète a fait son apparition sur l'application X pour iOS. Son objectif affiché, empêcher d'autres utilisateurs de manipuler vos photos à l'aide de Grok, le chatbot d'intelligence artificielle développé par xAI, la société d'Elon Musk. Une intention louable, surtout compte tenu des dérives récentes. Mais à l'usage, cette protection se révèle bien plus limitée qu'il n'y paraît.
Repéré par le site Social Media Today, ce nouveau réglage se présente sous la forme d'un interrupteur accessible lors de l'ajout d'une image dans une publication. Pour le trouver, il faut d'abord appuyer sur l'icône représentant un pinceau en bas à droite de la miniature, puis sélectionner l'icône de drapeau dans la barre d'outils d'édition. Un chemin suffisamment tortueux pour que la plupart des utilisateurs ne le découvrent jamais par hasard. À noter que sur la version web de X, cette option n'apparaît pas du tout.
Ce contexte n'est pas anodin. En janvier dernier, la faculté de Grok à modifier des photos à partir de simples instructions textuelles avait été détournée massivement pour déshabiller numériquement des images de personnes réelles, y compris des enfants. Face à l'indignation des législateurs et des régulateurs à travers le monde, la plateforme avait réagi en bloquant cette fonctionnalité pour les comptes gratuits. Les abonnés Premium, eux, peuvent toujours y accéder en mentionnant le bot dans les réponses à une image.
C'est précisément ce mécanisme (le fait de taguer @Grok dans un fil de discussion pour lui donner des instructions d'édition) que ce nouveau bouton prétend bloquer. Et sur ce point précis, il semble fonctionner. Lors des tests menés par la presse tech américaine, les abonnés payants se sont effectivement retrouvés dans l'impossibilité de modifier une image protégée via cette méthode.
Mais là s'arrête l'efficacité de la mesure.
Car Grok ne se limite pas à cette seule voie d'accès. Il suffit par exemple d'appuyer longuement sur une image protégée dans l'application iOS pour faire apparaître l'option « Modifier l'image avec Grok », qui ouvre directement la photo dans l'éditeur intégré à l'application Grok. Une fois là, aucun obstacle ne se dresse. L'IA modifie l'image sans la moindre restriction, comme si le verrou n'avait jamais existé.
Autre contournement trivial, il suffit de sauvegarder l'image en question, de la réimporter dans le même fil de discussion, et de mentionner Grok pour lui demander de l'éditer. En procédant ainsi, les protections associées au fichier original disparaissent complètement. En d'autres termes, le bouton ne protège pas l'image en tant que telle. Il sécurise uniquement une instance particulière d'interaction avec le bot, ce qui est une distinction fondamentale. Il faut aussi souligner que cette fonctionnalité ne s'applique pas de manière rétroactive aux contenus déjà publiés. Les anciennes photos ne bénéficient d'aucune protection, même si l'utilisateur active l'option pour ses futures publications.
Au moment de la publication de cet article, X n'a pas encore communiqué officiellement sur cette nouveauté. Son statut de développement reste donc le vague. S'agit-il d'une version bêta en cours de déploiement ? D'un test limité à certains marchés ? Difficile à dire. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que ce bouton ressemble davantage à un geste cosmétique qu'à une véritable réponse aux inquiétudes légitimes soulevées par l'affaire des deepfakes. Tant que Grok reste accessible par de multiples canaux sans contrôle cohérent, aucune case à cocher ne pourra offrir une protection réelle aux utilisateurs soucieux de la sécurité de leurs images.


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