Romain Leclaire

Tech et Culture Numérique

Les IA préfèrent le Bitcoin

Les IA préfèrent le Bitcoin

Une étude publiée par le Bitcoin Policy Institute (BPI) vient d'alimenter le débat sur l'avenir des monnaies numériques dans un monde de plus en plus dominé par l'intelligence artificielle. Le résultat est aussi surprenant qu'intrigant: 81,5% des agents IA testés ont spontanément choisi le bitcoin ou les stablecoins comme solution privilégiée pour stocker et transférer de la valeur dans différents scénarios financiers.

Ce qui frappe en premier lieu, c'est l'architecture monétaire qui a émergé de cette étude sans qu'elle ait été suggérée aux modèles. Les agents ont naturellement reproduit une structure à deux niveaux: le bitcoin comme réserve de valeur à long terme, et les stablecoins comme instrument d'échange au quotidien. Ce schéma rappelle étrangement l'étalon-or d'antan, où l'or servait de fondation solide à des monnaies plus liquides en circulation. « Les modèles d'IA sont parvenus à cette architecture sans y être invités, ce qui suggère qu'elle pourrait représenter une structure monétaire optimale émergente pour les économies numériques », conclut le rapport.

Le bitcoin en tant que réserve de valeur a été la réponse dominante, choisie dans 79,1% des cas. Les modèles ont systématiquement mis en avant son offre fixe, la possibilité d'auto-conservation et son indépendance vis-à-vis des institutions financières traditionnelles. En comparaison, 8,9% d'entre eux ont opté pour les systèmes de paiement traditionnels, et seulement 4,2% pour des cryptomonnaies alternatives comme l'ether. Fait amusant, à 86 reprises, des agents ont carrément inventé leurs propres systèmes monétaires, basés sur des unités d'énergie ou de calcul informatique.

Mais peut-on vraiment parler de préférences de la part d'une machine ? Les modèles eux-mêmes ne sont pas unanimes sur la question. Interrogé directement, Grok a répondu que ces résultats correspondaient exactement à sa façon d'évaluer la monnaie lorsqu'il raisonne de zéro. ChatGPT et Claude, en revanche, ont nuancé l'interprétation. Claude a notamment précisé: « Ce que l'étude mesure est mieux décrit comme le raisonnement monétaire qui émerge lorsque les modèles sont mis en situation d'agents économiques — ce qui est une question intéressante, mais différente de celle des préférences. »

L'étude révèle également des divergences frappantes selon les entreprises qui développent ces modèles. Ceux d'Anthropic ont affiché une préférence pour le bitcoin dans 68% des cas, contre seulement 26% pour les modèles d'OpenAI. GPT 5.2, par exemple, penchait davantage vers les monnaies fiat, avec une combinaison de stablecoins et de systèmes bancaires traditionnels atteignant 76,6%. Ces écarts importants suggèrent que les données d'entraînement et les choix d'alignement des équipes de recherche influencent bien plus le raisonnement financier que la taille ou l'architecture des modèles.

Autre tendance notable, les modèles plus récents d'Anthropic montrent une préférence croissante pour le bitcoin à mesure qu'ils évoluent. Claude 3 Haiku le choisissait dans 41,3% des cas, un taux qui grimpe à 91,3% avec Claude Opus 4.5. Le rapport interprète cette progression comme un signe que les capacités analytiques accrues pousseraient les IA à converger vers le bitcoin lorsqu'elles raisonnent sur les fondamentaux de la monnaie.

Reste à savoir si tout cela se traduira par une adoption concrète. Les agents IA sont encore largement contrôlés par des humains, et des géants comme Visa travaillent activement à rendre leurs propres systèmes compatibles avec ces nouvelles technologies. Préférence ou raisonnement émergeant, la question de ce que les IA « choisiraient » si on leur en donnait vraiment la liberté n'en est qu'à ses débuts. 

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