Romain Leclaire

Tech et Culture Numérique

Elon Musk à la barre - Le procès qui pourrait lui coûter un milliard de dollars

Elon Musk à la barre - Le procès qui pourrait lui coûter un milliard de dollars

San Francisco, mars 2026. Elon Musk, l'homme le plus riche du monde, s'est retrouvé assis face à un jury fédéral pour défendre ses tweets. Pas n'importe lesquels, ceux qui, selon des actionnaires de Twitter, lui auraient permis de manipuler le cours de l'action de la plateforme pour renégocier (ou fuir) son propre accord de rachat à 44 milliards de dollars. Un procès hors norme, à l'image de son protagoniste.

Tout commence en avril 2022. Elon Musk fait une offre surprise pour racheter Twitter au prix de 54,20 dollars par action, soit la somme totale de 44 milliards. Mais à peine l'encre de l'accord séchée, le milliardaire commence à multiplier les sorties publiques tonitruantes contre la plateforme qu'il vient pourtant de promettre d'acheter. Sa cible favorite, les bots, ces faux comptes automatisés qui, selon lui, infesteraient massivement le réseau social.

Le mois suivant, il publie un tweet lapidaire: l'accord est "temporairement suspendu". En quelques heures, l'action Twitter dégringole de 20%. Dans les semaines qui suivent, il va encore plus loin, affirmant vouloir annuler purement et simplement la transaction. Twitter riposte en le poursuivant en justice pour le forcer à honorer ses engagements. Finalement, en octobre 2022, le patron de Tesla et SpaceX cède et achète la plateforme au prix convenu au départ, avant de la rebaptiser X.

Pour des milliers d'actionnaires, ces mois de chaos n'ont pas été sans conséquences. La plainte déposée en justice raconte leur désarroi. Persuadés que le milliardaire allait se retirer du deal, ils ont vendu leurs actions à des prix bien inférieurs à 54,20 dollars. L'un d'eux, Brian Belgrave, a ainsi cédé environ 15 000 titres à seulement 33 dollars pièce en juillet 2022, réalisant une perte considérable par rapport au prix auquel Musk a finalement acheté la société quelques mois plus tard.

"C'est comme si on m'avait menti", a-t-il témoigné devant le tribunal. "J'avais vendu mes parts parce que je croyais qu'il n'allait pas racheter la société."
Selon les avocats des plaignants, la stratégie de Musk était limpide, en semant le doute sur la valeur réelle de Twitter, il cherchait à faire pression sur le conseil d'administration pour obtenir un prix de rachat plus bas, voire à se désengager totalement. "Il voulait un autre accord, où il paierait moins pour la société", a résumé Aaron Arnzen, l'un des avocats des investisseurs. "Il a donc monté un spectacle public pour dénigrer l'entreprise, faire chuter le cours de l'action et renégocier ou se soustraire au deal." À la barre, Elon Musk a tenté de désamorcer ces accusations avec une ligne de défense pour le moins singulière. Il n'aurait tout simplement pas imaginé que ses tweets auraient un tel impact sur le cours de l'action. "Le marché boursier ressemble à un dépressif maniaque", a-t-il déclaré. "Mes tweets ont parfois l'effet inverse de celui qu'on attendrait sur les cours."

Sur son fameux tweet de retrait, il a reconnu une maladresse, mais sans y voir une faute grave. "Si ce procès portait sur la question de savoir si j'ai posté des tweets stupides, je plaiderais coupable", a-t-il dit, avant d'ajouter qu'il ne pensait pas que cette publication aurait le moindre effet matériel sur les marchés. Concernant les bots, il a maintenu que ses doutes étaient sincères. Il raconte avoir été sous le choc lors d'une réunion en mai 2022 avec les dirigeants de Twitter, qui auraient été incapables de lui expliquer précisément leur méthode de calcul du nombre de faux comptes. Là où la direction de l'époque affirmait que les robots représentaient moins de 5% des utilisateurs actifs quotidiens, Elon Musk spéculait sur des chiffres allant de 20 à 90%. "Ils ne le savaient tout simplement pas", a-t-il affirmé. "J'en suis resté bouche bée."

Si le jury tranche en faveur des investisseurs, Musk pourrait être condamné à verser jusqu'à un milliard de dollars de dommages et intérêts. Le verdict pourrait également peser sur d'autres procédures judiciaires en cours contre lui, notamment celle de la Securities and Exchange Commission, qui l'accuse d'avoir tardé à déclarer sa prise de participation dans Twitter, en violation des règles boursières américaines.

Ce n'est pas la première fois que l'homme d'affaire se retrouve au cœur d'un tel affrontement judiciaire. Il a déjà remporté plusieurs batailles contre des actionnaires mécontents, sur le rachat de SolarCity ou encore sur son faramineux package salarial chez Tesla. Pour autant, ce procès se démarque par son ampleur et la précision des accusations. Il ne s'agit pas seulement d'une mauvaise décision d'entreprise, mais d'une potentielle manipulation délibérée des marchés financiers. Le procès devrait durer deux à trois semaines. Et pour la première fois depuis longtemps, même Elon Musk semble ne pas contrôler entièrement le récit. 

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