Binance, la plus grande plateforme d'échange de cryptomonnaies au monde, a décidé de passer à l'offensive. L'entreprise a déposé une plainte pour diffamation contre le Wall Street Journal, dans l'espoir de contrecarrer une nouvelle vague d'enquêtes gouvernementales qui menacent de ternir durablement son image.
Tout a commencé avec une enquête du WSJ révélant que Binance aurait discrètement étouffé ses propres recherches internes portant sur 1,7 milliard de dollars de transferts illicites vers des réseaux finançant des groupes terroristes soutenus par l'Iran. Pire encore, selon le journal, des membres de l'équipe de conformité qui avaient alerté sur ces flux suspects auraient été licenciés peu après. Une accusation explosive qui a immédiatement déclenché des réactions en chaîne à Washington.
Binance conteste fermement ce récit. Dans sa plainte déposée hier, l'entreprise accuse le Wall Street Journal d'avoir mené une enquête « bidon », délibérément orientée pour servir un agenda commercial et maximiser les clics. Selon Binance toujours, le journal aurait volontairement ignoré les déclarations de la société, notamment le fait que l'enquête interne n'aurait jamais été close. En ce qui concerne les licenciements, elle affirme que les employés concernés ont été renvoyés non pas pour avoir signalé des irrégularités, mais pour avoir enfreint les politiques internes de protection et de confidentialité des données, des manquements qui, selon l'entreprise, justifient pleinement une telle décision.
La plainte réclame non seulement la reconnaissance du caractère diffamatoire des articles incriminés, mais également des dommages et intérêts, y compris des dommages punitifs. Binance soutient que la publication n'est pas le fruit d'une simple négligence journalistique, mais d'une « malveillance réelle et d'une imprudence délibérée ». Du côté du Wall Street Journal, la réponse est lapidaire: « Nous assumons pleinement notre reportage. » Le journal a également précisé, par l'intermédiaire de son avocate, qu'aucune correction n'était justifiée.
Ce qui complique davantage la situation de Binance, c'est que la plainte elle-même semble parfois se retourner contre ses auteurs. L'entreprise affirme que le WSJ n'a apporté aucune modification à ses articles pour y intégrer des déclarations de la société, alors même qu'une lecture actuelle montre clairement qu'un ajout a été effectué dès le jour de la publication. Un sous-titre a notamment été modifié pour préciser que Binance « a nié avoir mis fin à l'enquête ou licencié du personnel pour ses alertes ». Difficile, dans ces conditions, de plaider que le journal a totalement ignoré la voix de la plateforme.
En parallèle, cette affaire s'inscrit dans un contexte politique particulièrement sensible. Les ministères de la justice et du trésor américains ont déjà ouvert des enquêtes sur les violations présumées des lois anti-blanchiment et des sanctions internationales par Binance. Le sénateur Richard Blumenthal, membre du sous-comité permanent d'investigations du Sénat, a quant à lui adressé une lettre directement au PDG de la firme, Richard Teng, exigeant des explications sur la gestion de ces transferts suspects et sur les licenciements controversés.
Blumenthal s'inquiète aussi de l'influence potentielle que Binance pourrait exercer sur l'administration Trump. Rappelons que le président a gracié son fondateur, Changpeng Zhao, condamné en 2023 pour violation des lois anti-blanchiment et qui avait accepté de payer une amende record de 4,3 milliards de dollars. Environ 85% des stablecoins émis par World Liberty Financial (l'entreprise crypto liée aux fils de Donald Trump) seraient détenus sur des comptes Binance, ce qui alimente les soupçons sur d'éventuelles tentatives d'influence.
Si cette plainte peut sembler être une tentative de reprendre la main sur le récit médiatique, elle ne devrait pas, selon les observateurs, freiner les enquêtes gouvernementales en cours. Pour Binance, le chemin vers une réhabilitation complète de son image s'annonce encore long et semé d'embûches.

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